À Samoa, une proposition évoquée au sein du gouvernement visant à restreindre certaines religions non chrétiennes a ravivé le débat sur la liberté religieuse dans l’archipel. Présentée comme une mesure pour contrer l’extrémisme religieux, cette orientation a rapidement suscité des critiques politiques et des inquiétudes au sein des minorités confessionnelles.
L’ancien Premier ministre et actuel chef de l’opposition, Tuilaepa Sailele Malielegaoi, a souligné que le Premier ministre n’a ni le pouvoir constitutionnel ni la majorité parlementaire pour limiter la liberté religieuse, laquelle est protégée par la Constitution. Celle-ci garantit la liberté de conscience et de culte, tout en affirmant que Samoa est une nation fondée sur le christianisme, une mention introduite lors d’une révision constitutionnelle en 2017.
Les réactions des minorités religieuses ont été immédiates. La communauté musulmane, bien que numériquement réduite, a exprimé son inquiétude face à la perspective d’une restriction des cultes non chrétiens. Ses représentants ont dénoncé une pression sociale et politique croissante, soulignant que certaines mesures publiques – comme les cérémonies nationales de prière et de jeûne impliquant les fonctionnaires – peuvent marginaliser les non-chrétiens et renforcer un environnement de discrimination implicite. Des voix issues de la communauté musulmane ont insisté sur la nécessité que la liberté religieuse soit respectée dans toutes ses dimensions, pour que chaque citoyen puisse pratiquer sa foi sans crainte d’exclusion.
Cette tension entre reconnaissance officielle du christianisme et protection formelle de la liberté religieuse n’est pas unique à Samoa. Dans plusieurs États du Pacifique, le cadre constitutionnel consacre la liberté religieuse tout en accordant une place symbolique ou institutionnelle au christianisme, majoritaire dans la région. À Tuvalu, la Constitution garantit la liberté religieuse mais reconnaît une Église établie, sans pour autant interdire les autres confessions. À Tonga, la liberté religieuse est protégée, mais certaines pratiques sociales et législatives favorisent le christianisme, comme l’observance stricte du dimanche. À Fidji et dans les États fédérés de Micronésie, en revanche, la Constitution assure une stricte égalité entre les religions et interdit toute religion d’État.
Les religions autochtones et traditionnelles du Pacifique, qui existaient avant l’arrivée des missionnaires, n’ont pas disparu mais ont été profondément transformées par le christianisme et les processus de colonisation. À Samoa, Fidji, Vanuatu ou les Îles Salomon, les cultes liés aux ancêtres, à la nature ou aux esprits locaux subsistent souvent de manière syncrétique, intégrés aux pratiques chrétiennes ou transmis dans le cadre des coutumes tribales.
Ces religions autochtones subissent cependant une marginalisation indirecte. Dans les sociétés fortement imprégnées de christianisme, leurs pratiques sont parfois stigmatisées ou considérées comme déviantes. Les institutions, l’éducation et les médias valorisent majoritairement le christianisme, ce qui réduit la visibilité et la transmission des cultes traditionnels. Bien que la persécution ouverte soit rare, la reconnaissance officielle de ces religions est limitée, et les pratiquants peuvent être socialement découragés ou marginalisés.
Ainsi, le débat actuel à Samoa illustre une tension plus large dans le Pacifique : concilier un héritage culturel et religieux profondément chrétien avec le respect effectif des droits fondamentaux et du pluralisme religieux. Les développements à venir seront suivis de près, car ils pourraient non seulement affecter les minorités religieuses non chrétiennes, mais aussi la place des religions autochtones dans les sociétés insulaires, qui continuent de représenter un élément central de l’identité culturelle et spirituelle locale.