Une nouvelle affaire de violences visant des chrétiens à Jérusalem a provoqué une vive émotion en Israël et à l’étranger. Le 7 mai 2026, les autorités israéliennes ont annoncé l’inculpation d’un homme accusé d’avoir agressé une religieuse catholique près de la Vieille Ville de Jérusalem, dans un contexte de préoccupations croissantes concernant les actes d’hostilité envers les communautés chrétiennes de la région.
Selon l’acte d’accusation, le suspect, Yona Schreiber, âgé de 36 ans et résident de la colonie israélienne de Peduel, en Cisjordanie occupée, est poursuivi pour agression simple ainsi que pour agression motivée par une hostilité religieuse. Les autorités judiciaires israéliennes estiment que la victime a été ciblée parce qu’elle portait un habit religieux catholique identifiable.
L’attaque s’est produite à proximité de la porte de Sion et du tombeau de David, un secteur particulièrement sensible situé à l’extérieur des remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. Ce lieu concentre plusieurs sites saints majeurs du judaïsme et du christianisme. Des images de vidéosurveillance diffusées par la police israélienne montrent un homme suivant la religieuse avant de la pousser violemment au sol. Alors qu’elle était allongée par terre, l’agresseur lui aurait ensuite donné plusieurs coups de pied avant qu’un passant n’intervienne pour tenter de l’arrêter.
La religieuse agressée travaille comme chercheuse à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Le directeur de l’institution, le père Olivier Poquillon, a dénoncé un « acte de violence sectaire » et exprimé sa profonde inquiétude face à la multiplication des incidents visant les chrétiens dans la ville sainte.
Les autorités israéliennes ont rapidement procédé à l’arrestation du suspect. La police a indiqué considérer les faits comme une attaque à motivation raciale ou religieuse. Le procureur général israélien a demandé le maintien en détention de l’accusé pendant toute la durée de la procédure judiciaire.
L’affaire a suscité une condamnation immédiate de plusieurs responsables religieux et diplomatiques. Le ministère israélien des Affaires étrangères a qualifié l’agression d’« acte honteux » incompatible avec les principes de coexistence et de liberté religieuse que l’État d’Israël affirme défendre.
Cette affaire intervient dans un climat de tensions croissantes autour de la place des minorités chrétiennes en Israël et à Jérusalem-Est. Depuis plusieurs années, des organisations chrétiennes ainsi que des associations de défense de la liberté religieuse signalent une augmentation des actes de harcèlement visant les religieux, les pèlerins et les habitants chrétiens palestiniens de Jérusalem. Les incidents rapportés incluent des insultes, des crachats, des dégradations de lieux religieux et parfois des agressions physiques.
Plusieurs observateurs expliquent cette évolution par la montée d’un climat nationaliste religieux dans certains milieux ultra-orthodoxes ou extrémistes juifs. Des responsables chrétiens présents à Jérusalem affirment que certains auteurs d’agressions agissent avec un sentiment d’impunité, les poursuites judiciaires restant souvent limitées ou aboutissant à des sanctions considérées comme faibles.
Wadie Abunassar, coordinateur du Holy Land Christian Forum, a déclaré après l’agression que les attaques visant les chrétiens étaient devenues « un phénomène croissant ». Selon lui, l’affaire de la religieuse française a provoqué une réaction rapide principalement parce que l’agression avait été filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux.
Il a également critiqué le manque d’effet dissuasif des poursuites judiciaires dans ce type d’affaires. Selon lui, dans de nombreux cas, les suspects ne sont pas arrêtés, ou sont rapidement relâchés. Il estime aussi que certaines agressions contre des chrétiens sont requalifiées en infractions mineures malgré leur dimension religieuse évidente.
L’incident survient alors que la gestion israélienne des lieux saints et des minorités religieuses fait déjà l’objet d’un examen attentif sur la scène internationale. Ces derniers mois, plusieurs polémiques ont entouré les restrictions d’accès imposées à certains offices religieux à Jérusalem pour des raisons sécuritaires. Des responsables chrétiens avaient notamment protesté après que le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, eut rencontré des difficultés pour célébrer certaines cérémonies religieuses durant la Semaine sainte.
D’autres incidents ont également alimenté les tensions. Une vidéo montrant un soldat israélien détruisant une statue du Christ dans le sud du Liban avait récemment suscité des réactions internationales et des critiques de responsables religieux. Les autorités israéliennes avaient alors pris leurs distances avec cet acte et annoncé des sanctions disciplinaires.
Jérusalem demeure l’un des lieux les plus sensibles au monde sur le plan religieux et politique. La Vieille Ville, située dans la partie orientale annexée par Israël après la guerre de 1967, rassemble les principaux lieux saints du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Les questions liées à l’accès, au contrôle et à la protection de ces lieux sont au cœur des tensions israélo-palestiniennes mais aussi des relations entre les différentes communautés religieuses présentes dans la ville.
Dans ce contexte, les responsables chrétiens soulignent que les violences contre les membres du clergé ou les pèlerins ont un impact dépassant largement les seules victimes directes. Elles alimentent un sentiment d’insécurité parmi les communautés chrétiennes locales, dont la présence à Jérusalem et en Terre sainte ne cesse de diminuer depuis plusieurs décennies sous l’effet des tensions politiques, économiques et sécuritaires.
Les autorités israéliennes affirment de leur côté vouloir garantir la protection de toutes les communautés religieuses présentes dans le pays. Après l’arrestation du suspect, la police israélienne a déclaré que Jérusalem étant une ville sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, les forces de l’ordre restaient « engagées à protéger toutes les communautés et à poursuivre les auteurs de violences ».
L’inculpation de Yona Schreiber marque désormais le début d’une procédure judiciaire qui sera suivie avec attention tant par les responsables religieux que par les organisations de défense de la liberté religieuse.





























