Aux États-Unis, un nombre croissant de femmes musulmanes saisissent la justice pour contester des pratiques policières et pénitentiaires qui les contraignent à retirer leur hijab lors de leur prise en charge, notamment au moment des photographies d’enregistrement. Plusieurs décisions récentes, ainsi que des accords transactionnels, leur ont donné gain de cause, contribuant à faire évoluer certaines politiques locales et à renforcer la visibilité de ces contentieux.
Selon une enquête publiée fin avril 2026 par Religion News Service, au moins cinq affaires ont été engagées ou réglées au cours des deux derniers mois, dans différents États américains. Ces actions en justice ne traduisent pas l’apparition d’un problème nouveau, mais plutôt une prise de conscience accrue des droits en jeu et une volonté croissante de les faire valoir.
Au cœur de ces litiges se trouve une pratique encore répandue dans certains services de police et établissements pénitentiaires : l’obligation faite aux personnes arrêtées de retirer leurs couvre-chefs religieux pour la prise de photographies d’identification. Pour des femmes musulmanes portant le hijab, cette exigence est perçue comme une atteinte grave à leurs convictions religieuses, à leur dignité et à leur vie privée.
Les plaignantes décrivent des situations dans lesquelles elles ont été contraintes d’enlever leur voile malgré leurs objections, parfois en présence d’agents masculins, et dont les conséquences dépassent le moment de l’arrestation. Les photographies prises sans hijab sont souvent conservées dans des bases de données, reproduites sur des documents administratifs ou accessibles via des demandes publiques, prolongeant ainsi l’atteinte alléguée dans le temps.
Plusieurs affaires emblématiques ont récemment abouti à des décisions favorables ou à des accords incluant des compensations financières et des modifications de politiques. Dans l’Oregon, une procédure intentée après l’arrestation de deux femmes lors d’une manifestation a conduit les autorités locales à accepter de modifier leurs règles internes, de supprimer les images litigieuses et d’indemniser les plaignantes.
Dans l’État de New York, une affaire antérieure a également joué un rôle structurant. En 2018, deux femmes musulmanes avaient contesté une politique du département de police imposant le retrait du hijab pour les photos d’identité. Le litige s’était conclu par un accord prévoyant à la fois un changement de politique et l’octroi de dommages-intérêts, ouvrant la voie à d’autres recours similaires.
Plus récemment, une plaignante de Long Island a obtenu une indemnisation de 225 000 dollars après avoir été photographiée sans hijab et maintenue tête découverte pendant plusieurs heures lors de son transfert entre différents services.
Ces décisions s’appuient sur plusieurs fondements juridiques, notamment des lois fédérales protégeant la liberté religieuse, comme le Religious Land Use and Institutionalized Persons Act (RLUIPA), ainsi que sur des dispositions constitutionnelles relatives aux droits fondamentaux. Les avocats impliqués dans ces affaires soulignent également l’importance d’un travail pédagogique auprès des juridictions pour faire comprendre la signification religieuse du hijab.
Des experts ont ainsi été appelés à témoigner afin d’expliquer que le retrait du voile ne peut être assimilé à celui d’un simple accessoire vestimentaire, mais touche à des dimensions essentielles de la pudeur et de l’identité religieuse. Cette dimension est régulièrement mise en avant dans les décisions judiciaires, qui reconnaissent le caractère particulièrement sensible de ces atteintes.
Dans certains cas récents, les juges ont également ordonné la suppression des photographies prises sans hijab. Une décision fédérale concernant une femme somalo-américaine a ainsi estimé que l’administration pénitentiaire n’avait pas démontré de manière suffisante la nécessité de conserver de telles images, ouvrant la voie à leur destruction.
Au-delà des décisions individuelles, ces contentieux semblent produire un effet cumulatif. Chaque jugement ou accord contribue à constituer un précédent susceptible d’être invoqué dans des affaires ultérieures, renforçant progressivement les obligations des autorités publiques en matière de respect des pratiques religieuses.
Cependant, malgré ces évolutions, les avocats impliqués dans ces dossiers soulignent que de nombreux services de police et établissements pénitentiaires continuent d’appliquer des politiques jugées problématiques, souvent par manque d’information ou de formation. Dans certains cas, les plaignantes évoquent également des comportements discriminatoires ou des propos hostiles de la part d’agents, suggérant que les difficultés rencontrées ne relèvent pas uniquement de contraintes administratives.
Le contexte récent, marqué notamment par des mobilisations liées au conflit à Gaza, a par ailleurs accru le nombre d’interactions entre des femmes musulmanes visiblement pratiquantes et les forces de l’ordre, contribuant à multiplier les situations litigieuses.





























