
Ce jour parait Gallimard publie l’ouvrage « Quand les étoiles chantaient… et autres contes inspirés de la sagesse juive« , écrit par Pauline Bebe et illustré par Serge Bloch, un recueil de contes qui puise ses racines dans une tradition millénaire, s’appuyant sur des sources telles que le Talmud, le Midrash et les récits hassidiques. Nous en avions parlé dans Religactu. Nous avons la chance d’avoir pu poser quelques questions à Pauline Bebe :
Steve Eisenberg : Votre livre puise dans une riche tradition de contes juifs, du Talmud aux récits hassidiques. Pourriez-vous nous éclairer sur le processus de sélection et d’adaptation de ces histoires pour un public contemporain, et notamment pour la jeunesse ? Comment avez-vous veillé à préserver l’essence théologique et morale de ces récits tout en les rendant accessibles ?
Pauline Bebe : Depuis plus de trente ans, je raconte des histoires issues de la tradition juive aux enfants de ma communauté mais aussi aux adultes qui se sont glissés dans les offices destinés aux enfants pour les écouter. Je les raconte aussi lors d’entretiens car elles contiennent des enseignements de sagesse qui s’appliquent à la vie de tous les jours. Mes maîtres m’ont appris que toute perle de sagesse pouvait être transmise de manière simple et claire. Je pense en particulier au rabbin Lionel Blue, de mémoire bénie, que j’ai eu la chance d’avoir comme professeur à Londres. Il avait le sens de la formule, souvent avec beaucoup d’humour. Il enseignait le judaïsme parfois par des recettes de cuisine. Mais ce n’est pas proprement juif, en littérature aussi comme le dit Boileau « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». Ce qui est propre aux contes, et aux midrashim (petites histoires rabbiniques) c’est l’art de la métaphore qui s’adapte à tout âge et à tout auditoire.
S. En tant que première femme rabbin de France, votre perspective sur la transmission de la sagesse juive est unique. Comment votre rôle et votre expérience influencent-ils la manière dont vous abordez ces contes, et quel message spécifique souhaitez-vous faire passer à travers eux, particulièrement dans le contexte actuel des religions ?
P. Ce qui m’a toujours étonnée, c’est l’actualité de leur message ; on voit que même si la technologie avance, même si l’humain est capable de faire de plus en plus de choses, parfois inouïes, ses sentiments sont les mêmes, l’amour, la peur, l’envie, tout cela ne change pas. Et les contes nous prodiguent des conseils précieux.
S. Le conte éponyme, « Quand les étoiles chantaient », évoque la perte de l’émerveillement face à la matérialité. Est-ce une métaphore de la relation contemporaine au sacré, et comment ces contes peuvent-ils, selon vous, aider à raviver cette connexion spirituelle dans un monde souvent désenchanté ?
P. Nous devons réenchanter le monde et les enfants ont souvent tout petits ce sens de l’émerveillement qu’ils perdent par la suite. Oui les contes sont une manière d’entendre les étoiles chanter à nouveau. Et puis si l’on entend la leçon, ce conte là nous enseigne de ne pas penser qu’à soi sinon nous détruisons le monde. Le conte nous dit qu’il faut préserver l’environnement, le monde extraordinaire dans lequel nous vivons.
S. L’humour et la légèreté sont très présents dans votre ouvrage, notamment dans des récits comme « Aïe aïe aïe, Oï oï oï » ou « La bague du roi Salomon ». Est-ce une approche délibérée pour aborder des thèmes parfois complexes ou graves de la spiritualité, et comment cet humour contribue-t-il à la transmission de la sagesse religieuse ?
P. L’humour a toujours été présent dans la tradition juive, y compris dans la Bible où certains passages sont comiques. Pouvoir rire, même de choses sérieuses est un ressort extraordinaire. L’humour permet d’apprendre en riant, de prendre une distance avec la réalité tout en la respectant et cet humour est toujours tendre, jamais destructeur.
S. La collaboration avec Serge Bloch pour les illustrations est remarquable. Comment cette synergie entre le texte et l’image a-t-elle enrichi votre projet, et en quoi les illustrations participent-elles à la compréhension et à l’appropriation des messages religieux véhiculés par les contes ?
P. Je mesure la chance que j’ai eu de pouvoir travailler avec Serge Bloch. C’est un artiste hors du commun. Ces dessins ont pour moi la même poésie que les contes et j’ai l’impression que l’on passe du mot au trait de manière fluide. On se promène sur les pages et lorsque l’on admire les dessins, un sourire se dessine sur nos visages. Le dessin est un conte en lui-même.
S. Au-delà de l’aspect intergénérationnel, votre livre semble également porter un message interreligieux. Pensez-vous que ces contes, ancrés dans la tradition juive, peuvent résonner universellement et favoriser un dialogue entre différentes confessions, en soulignant des valeurs humaines et spirituelles communes ?
P. Oui mon message constant est que l’on peut affirmer un particularisme quel qu’il soit tout en étant universel. Ces contes, je l’espère parleront à tous. On retrouve d’ailleurs d’une religion à l’autre, d’une culture à l’autre des inspirations communes à tel point que l’on ne sait plus qui a inventé l’histoire. Comme « le bouquet de la paix » de Picasso, où chaque fleur est différente mais compose un bouquet unique, ainsi l’humanité est un bouquet multicolore qui éblouit le monde de sa diversité.






























