Une nouvelle clause introduite dans le projet britannique de la « Crime and Policing Bill » suscite de vives inquiétudes parmi des responsables religieux, qui alertent sur un possible « effet dissuasif » sur le droit de manifester pacifiquement.
La disposition en question concerne ce que le gouvernement appelle la notion de « perturbation cumulative ». Selon ses détracteurs, elle permettrait aux autorités de restreindre ou d’encadrer des manifestations non seulement en fonction de leur impact immédiat, mais aussi en tenant compte de la répétition de rassemblements dans un même lieu ou une même zone, même lorsqu’ils portent sur des causes différentes. Les signataires d’une lettre collective estiment que cette approche est trop vague et pourrait conduire à limiter des formes légitimes de protestation, notamment celles menées dans la durée par des mouvements citoyens ou religieux.
Dix-neuf responsables issus de différentes traditions religieuses — chrétiennes, juives, musulmanes, hindoues, sikhes et bouddhistes — ont cosigné ce texte adressé aux députés. Ils y affirment partager un même attachement aux libertés fondamentales et au droit de manifester, qu’ils considèrent comme un élément essentiel du débat démocratique. Ils soulignent que de nombreux mouvements sociaux ayant marqué l’histoire se sont appuyés sur des mobilisations répétées dans le temps, sans lesquelles leurs causes n’auraient pas pu progresser.
Parmi eux, le révérend Mike Royal, secrétaire général de Churches Together in England, a exprimé ses inquiétudes en des termes particulièrement directs. Il estime que la clause pourrait produire un « effet dissuasif » sur le droit de manifester, en créant un climat dans lequel des rassemblements légitimes seraient perçus comme risqués ou susceptibles d’être sanctionnés. Selon lui, cela touche à un droit fondamental dans une société démocratique : celui de se rassembler et d’exprimer une conviction, y compris de manière critique vis-à-vis du pouvoir.
Les signataires insistent également sur le fait que la notion de « perturbation » reste insuffisamment définie. Ils craignent que son interprétation varie selon les contextes et ouvre la voie à des restrictions larges, notamment si des autorités considèrent qu’une série de manifestations passées rend problématique un nouveau rassemblement dans le même espace public. Ils redoutent ainsi une forme d’anticipation sécuritaire qui limiterait l’expression collective avant même qu’elle ne se manifeste.
Face à ces critiques, le gouvernement britannique défend au contraire un texte visant à mieux encadrer les manifestations susceptibles de perturber fortement la vie quotidienne. Les autorités affirment vouloir protéger à la fois le droit de manifester et celui des citoyens à vivre sans intimidation ni blocage répété de l’espace public.
Le courrier co-signé est disponible ici : https://www.quaker.org.uk/documents/faith-and-belief-leaders-letter-crime-policing-bill-april-2026
Et la liste des cosignataires :
Mgr Mike Royal, secrétaire général, Churches Together in England
Rabbi Gabriel Kanter-Webber, rabbin, Synagogue progressiste de Brighton et Hove
Lord Indarjit Singh de Wimbledon, directeur, Réseau des organisations sikhes du Royaume-Uni
Dr Wajid Akhter, secrétaire général, Conseil musulman de Grande-Bretagne
Jo Backus, présidente, Réseau des organisations bouddhistes
Mme Krishna Bhan, présidente, Conseil hindou du Royaume-Uni
Andrew Copson OBE, directeur général, Humanists UK
Adwoa Burnley, secrétaire de l’assemblée annuelle, Quakers in Britain
Paul Parker, secrétaire de séance, Quakers in Britain
Mme Raghad Altikriti, présidente, Muslim Association of Britain
Sarah Kerr, présidente, The Pagan Federation
Dr Cynan Llwyd, secrétaire général, Cytun : Churches Together in Wales
Jamie Cresswell, directeur, Centre for Applied Buddhism Chanoine
Giles Goddard, vicaire, St John’s Waterloo
Catriona Wheeler, modératrice de l’Assemblée générale, Église réformée unie
Elizabeth Slade, directrice générale, Assemblée générale des Églises unitariennes et chrétiennes libres
Révérend Richard M Andrew, président de la Conférence méthodiste, Église méthodiste
Matthew Forsyth, vice-président de la Conférence méthodiste, Église méthodiste
Révérende Lynn Green, secrétaire générale, Union baptiste de Grande-Bretagne





























