Quelques jours après l’attaque meurtrière qui a frappé l’Islamic Center of San Diego, la communauté musulmane de la ville continue de recevoir un important soutien de responsables religieux, d’associations interconfessionnelles et d’habitants venus de tout le sud de la Californie. L’attentat, survenu le 18 mai, a provoqué une vive émotion aux États-Unis et ravivé les inquiétudes autour de la montée des actes antimusulmans visant les lieux de culte.
Selon les autorités américaines, deux adolescents âgés de 17 et 18 ans ont ouvert le feu contre la mosquée de San Diego avant de mourir par suicide après l’attaque. Trois personnes ont été tuées : Amin Abdullah, agent de sécurité du centre islamique, Mansour Kaziha, employé historique de la mosquée, et Nadir Awad, un voisin venu porter assistance. Les enquêteurs fédéraux considèrent l’affaire comme un possible crime haineux. Des écrits retrouvés dans le véhicule des assaillants évoqueraient diverses idéologies extrémistes et des discours de haine visant plusieurs groupes religieux et ethniques.
L’attaque aurait pu faire un nombre de victimes beaucoup plus élevé. Au moment des faits, environ 140 enfants se trouvaient dans l’école du centre islamique. Selon plusieurs médias américains, Amin Abdullah a déclenché l’alerte et contribué à la mise en confinement des bâtiments, permettant aux enseignants et aux élèves de se mettre à l’abri. Plusieurs responsables religieux musulmans l’ont depuis présenté comme un héros ayant probablement sauvé de nombreuses vies.
Dans les heures ayant suivi l’attentat, des centaines de personnes se sont rassemblées lors de veillées interreligieuses organisées près de la mosquée. Des représentants chrétiens, juifs, bouddhistes et d’autres traditions religieuses ont publiquement exprimé leur solidarité avec la communauté musulmane locale.
L’imam Taha Hassane, figure connue du dialogue interreligieux à San Diego, a rappelé lors d’une conférence de presse que la mosquée avait toujours cherché à maintenir des liens étroits avec l’ensemble de la population locale. Depuis de nombreuses années, le centre islamique organise des journées portes ouvertes, participe à des initiatives de soutien aux migrants et collabore régulièrement avec des responsables religieux d’autres traditions.
Dans un entretien accordé à Religion News Service, l’évêque épiscopalienne de San Diego, la révérende Susan Brown Snook, a expliqué que les responsables religieux de la ville considéraient comme essentiel de soutenir publiquement les musulmans après l’attaque. Elle a souligné que de nombreux musulmans américains se sentent aujourd’hui « incompris » et « menacés », estimant que la présence visible d’alliés interreligieux constituait un message important.
Plusieurs organisations nationales de dialogue interreligieux ont également réagi. L’organisation américaine Interfaith Alliance a condamné une attaque « horrifiante » et appelé à renforcer les financements publics destinés à la sécurité des lieux de culte. Le groupe a aussi dénoncé la progression des discours antimusulmans dans le débat public américain.
Le contexte national alimente en effet de fortes inquiétudes parmi les organisations musulmanes américaines. Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas en octobre 2023, plusieurs associations de défense des droits civiques affirment constater une hausse des incidents islamophobes aux États-Unis. Des responsables musulmans interrogés par le Washington Post estiment que certaines rhétoriques politiques et médiatiques contribuent à banaliser les discours hostiles envers les musulmans américains.
La mosquée de San Diego elle-même avait déjà été confrontée à des menaces dans le passé. La région avait notamment été marquée en 2019 par l’incendie criminel d’une mosquée à Escondido et par l’attaque antisémite contre la synagogue de Poway, deux affaires liées à des milieux extrémistes inspirés par des idéologies suprémacistes blanches.
Les cérémonies funéraires organisées cette semaine à San Diego ont réuni plusieurs milliers de personnes. Des policiers en uniforme, des responsables religieux et de nombreux habitants ont assisté à la prière funéraire islamique en hommage aux trois victimes. Plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que les hommes tués avaient tenté de protéger les autres fidèles présents sur place.
Malgré le traumatisme, les responsables du centre islamique ont annoncé leur volonté de poursuivre leurs activités religieuses et éducatives. Les prières quotidiennes ont repris, même si l’école de la mosquée demeure temporairement fermée afin d’accompagner les enfants et les familles affectés par l’attaque. Des collectes de fonds organisées après le drame ont déjà permis de réunir plusieurs millions de dollars destinés au soutien des victimes et au renforcement de la sécurité.





























