Le ministère de l’Intérieur a publié un bilan national détaillé des actes antireligieux recensés en France, couvrant l’année 2025 et, de manière rétrospective, l’évolution du phénomène depuis 2010. Ce document s’inscrit dans une volonté affichée de mieux documenter les atteintes liées à l’appartenance religieuse réelle ou supposée des victimes et de proposer une lecture globale de ces faits, jusqu’ici présentés principalement à travers des bilans annuels séparés.
Selon les données consolidées par le ministère à partir des signalements enregistrés par les services de police et de gendarmerie, 2 489 actes antireligieux ont été recensés en 2025. Ce total reste proche de celui observé en 2024, confirmant une situation globalement stable à un niveau jugé élevé par les autorités.
Dans le détail, les actes antisémites demeurent les plus nombreux avec 1 320 faits recensés, soit 53 % de l’ensemble. Ils enregistrent une baisse de 16 % par rapport à l’année précédente, tout en restant à un niveau qualifié d’élevé. Les actes antichrétiens représentent 843 faits, soit 34 % du total, et connaissent une hausse de 9 %. Enfin, les actes antimusulmans s’élèvent à 326 faits, soit 13 % de l’ensemble, et enregistrent une augmentation particulièrement marquée de 88 % sur un an.
Le rapport souligne que ces catégories ne se distinguent pas seulement par leur volume, mais également par la nature des atteintes constatées. Les actes visant les personnes de confession juive et musulmane relèvent plus fréquemment d’atteintes directes aux individus, telles que des menaces, des injures ou des agressions physiques. À l’inverse, les actes visant les chrétiens concernent majoritairement des atteintes aux biens, notamment des dégradations, des vols ou des profanations de lieux de culte.
Le ministère précise que ces données reposent sur les faits enregistrés par les forces de sécurité intérieure et ne reflètent qu’une partie de la réalité des actes subis, une proportion importante de victimes ne portant pas plainte ou ne signalant pas les faits. Le document insiste également sur la prudence nécessaire dans l’interprétation de ces chiffres, qui dépendent des signalements et des critères d’enregistrement.
Au-delà du constat annuel, le rapport propose une lecture de long terme du phénomène. Sur la période 2010-2025, il met en évidence une hausse globale des actes antireligieux, avec des variations marquées selon les contextes internationaux et nationaux. Le document souligne notamment des pics d’augmentation dans certaines périodes de tension, sans en faire une explication unique du phénomène.
Ce bilan se distingue des publications habituelles du ministère par son format synthétique et transversal. Il ne remplace pas les bilans statistiques annuels publiés par les services compétents, mais propose pour la première fois une consolidation sur quinze années, permettant d’observer des tendances structurelles et des évolutions différenciées selon les types d’actes.
Enfin, le ministère inscrit cette publication dans une dynamique plus large de renforcement de la lutte contre les atteintes à caractère religieux. On peut regretter cependant que le Ministère ait exclu de son rapport les autres religions présentes dans l’hexagone. Il s’en dédouane en écrivant : « Les actes antireligieux visant notamment les cultes bouddhistes, hindouistes et autres sont également recensés. Toutefois, eu égard à leur très faible nombre d’aujourd’hui, ils font l’objet d’une comptabilisation distincte de celle relative aux trois religions monothéistes et ne figure pas dans ce rapport. » C’est dommage, car la France n’est pas uniquement faite d’athées et de fidèles des religions abrahamiques. Il faut espérer que cette vision étriquée du fait religieux s’estompe au fil du temps.





























