Le judaïsme est l’une des plus anciennes religions monothéistes encore pratiquées aujourd’hui. Il est à la fois une religion, une tradition culturelle, une mémoire historique et, pour beaucoup de Juifs, une appartenance à un peuple. Cette particularité est importante : le judaïsme ne se réduit pas à une foi individuelle ou à une liste de croyances. Il repose aussi sur une histoire commune, des textes, des rites, des pratiques familiales, une langue liturgique — l’hébreu — et une transmission collective.
Selon la tradition biblique, l’histoire du judaïsme commence avec Abraham, considéré comme le premier patriarche. Dieu conclut avec lui une alliance, c’est-à-dire un lien particulier entre Dieu et sa descendance. Cette alliance est ensuite poursuivie avec Isaac, Jacob, puis avec le peuple d’Israël. Le récit de Moïse occupe une place centrale : après la sortie d’Égypte, Dieu lui aurait donné la Torah sur le mont Sinaï. La Torah, qui correspond aux cinq premiers livres de la Bible hébraïque, constitue le cœur du judaïsme.
La Bible hébraïque est appelée en hébreu Tanakh. Ce mot est formé à partir des trois grandes parties qui la composent : la Torah, les Prophètes et les Écrits. La Torah comprend la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Les Prophètes racontent notamment l’histoire ancienne d’Israël et transmettent les paroles attribuées aux prophètes. Les Écrits comprennent des textes comme les Psaumes, les Proverbes, le livre de Job, le Cantique des cantiques, Ruth, Esther ou Daniel.
La Bible hébraïque correspond en grande partie à ce que les chrétiens appellent l’Ancien Testament. Les textes sont largement les mêmes, mais leur organisation, leur interprétation et parfois leur contenu exact varient selon les traditions. Dans le judaïsme, ces livres ne sont pas lus comme une première partie annonçant le christianisme. Ils constituent l’Écriture propre du peuple juif et sont interprétés à partir de la tradition juive. Dans le christianisme, en revanche, l’Ancien Testament est lu avec le Nouveau Testament, qui raconte la vie de Jésus et les débuts du christianisme. Cette différence d’interprétation est essentielle : un même texte peut donc avoir une place et un sens différents selon qu’il est lu dans le judaïsme ou dans le christianisme.
Le judaïsme affirme l’existence d’un Dieu unique, créateur du monde, invisible, sans image et sans forme matérielle. Ce monothéisme est l’un de ses traits fondamentaux. Dieu n’est pas seulement le créateur de l’univers : il est aussi celui qui appelle l’être humain à vivre selon la justice, la fidélité et la responsabilité. Dans la tradition juive, la relation avec Dieu passe par l’alliance. Cela signifie que Dieu et le peuple d’Israël sont liés par des engagements réciproques. Dieu donne la Torah ; Israël est appelé à vivre selon ses commandements.
Une croyance centrale du judaïsme est donc que la vie religieuse ne consiste pas seulement à croire, mais aussi à agir. Les commandements, appelés mitsvot, occupent une place majeure. La tradition rabbinique en compte 613 dans la Torah. Tous ne sont pas applicables aujourd’hui, notamment ceux qui concernaient le Temple de Jérusalem, détruit par les Romains en l’an 70. Mais beaucoup continuent de structurer la vie juive : le respect du shabbat, les règles alimentaires appelées cacherout, la prière quotidienne, les fêtes, la circoncision des garçons, l’étude des textes, la charité et les devoirs envers autrui.
Le judaïsme possède aussi des croyances sur la sainteté du temps. Le shabbat, du vendredi soir au samedi soir, est le jour de repos hebdomadaire. Il rappelle à la fois la création du monde et la libération de l’esclavage en Égypte. Les fêtes juives rythment l’année religieuse. Pessa’h commémore la sortie d’Égypte. Chavouot est lié au don de la Torah. Souccot rappelle la traversée du désert. Roch Hachana marque le Nouvel An juif et Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon, est consacré au repentir, à la prière et au retour vers Dieu. Hanoucca rappelle la purification du Temple au IIe siècle avant notre ère, tandis que Pourim célèbre le salut des Juifs dans le récit biblique d’Esther.
La vision juive de l’être humain insiste sur la responsabilité morale. L’être humain est créé, selon la Bible, « à l’image de Dieu ». Cela ne signifie pas que Dieu aurait une apparence humaine, mais que chaque personne possède une dignité particulière. La justice, la réparation du tort, l’aide aux pauvres, l’accueil de l’étranger et la recherche de la paix occupent une place importante dans la tradition juive. Le judaïsme parle souvent de tzedaka, mot que l’on traduit par charité, mais qui signifie aussi justice ou obligation morale.
Une autre caractéristique du judaïsme est la place accordée à l’étude. La lecture des textes, leur commentaire et leur discussion sont au centre de la vie religieuse. Le Talmud, l’un des grands textes de la tradition juive, rassemble des débats rabbiniques sur la loi, les rites, l’éthique et la vie quotidienne. Il ne se présente pas comme un simple manuel de réponses. Il conserve souvent plusieurs opinions, y compris des avis minoritaires. Cette culture du débat est l’un des traits les plus marquants du judaïsme rabbinique.
Le judaïsme ne possède pas exactement les mêmes croyances sur le salut que le christianisme ou l’islam. Il ne met pas au centre une doctrine unique sur le paradis, l’enfer ou la fin des temps. Il existe bien, dans la tradition juive, des idées sur le monde à venir, la résurrection des morts, le jugement divin ou l’espérance messianique, mais elles ont été comprises de manières diverses selon les époques et les courants. Le messie, dans la tradition juive classique, n’est pas un être divin : il est généralement attendu comme un roi ou un dirigeant humain qui apportera une ère de paix, de justice et de restauration. Le judaïsme ne reconnaît donc pas Jésus comme le messie, ce qui constitue l’une des différences fondamentales avec le christianisme.
Après la destruction du Temple de Jérusalem, le 30 août de l’an 70, le judaïsme s’est organisé autour des synagogues, de l’étude et de la tradition rabbinique. Le rabbin n’est pas un prêtre au sens chrétien. Il n’est pas un intermédiaire obligatoire entre Dieu et les fidèles. Il est surtout un enseignant, un spécialiste de la loi juive, appelée halakha, et un guide pour la communauté. La synagogue est un lieu de prière, mais aussi d’étude et de rassemblement.
Le judaïsme n’est pas homogène. Il existe plusieurs grands courants. Le judaïsme orthodoxe considère que la Torah écrite et la Torah orale ont une autorité divine et que la loi juive doit être observée de manière obligatoire. À l’intérieur de l’orthodoxie, on distingue souvent les orthodoxes modernes, qui cherchent à conjuguer fidélité à la loi juive et participation au monde contemporain, et les ultra-orthodoxes, ou haredim, qui privilégient une séparation plus forte avec la société environnante.
Le judaïsme massorti, appelé aussi conservateur dans le monde anglophone, affirme l’importance de la loi juive, mais considère qu’elle peut évoluer avec l’histoire et les circonstances. Le judaïsme réformé, ou libéral, met davantage l’accent sur l’autonomie individuelle, l’éthique, l’adaptation des rites et l’égalité entre hommes et femmes. Certaines règles traditionnelles y sont réinterprétées ou considérées comme non obligatoires. Il existe aussi le judaïsme reconstructionniste, surtout présent en Amérique du Nord, qui comprend le judaïsme comme une civilisation religieuse en évolution. Ces catégories sont surtout utilisées dans le monde occidental et ne décrivent pas toujours parfaitement la diversité des communautés juives dans d’autres régions.
Il faut aussi distinguer les grandes traditions culturelles juives. Les Juifs ashkénazes sont historiquement liés à l’Europe centrale et orientale. Les Juifs séfarades descendent en grande partie des communautés juives d’Espagne et du Portugal, expulsées à la fin du XVe siècle, puis installées notamment en Afrique du Nord, dans l’Empire ottoman et en Europe méditerranéenne. Les Juifs mizrahim viennent principalement du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Il existe également des communautés juives anciennes en Éthiopie, en Inde, dans le Caucase et ailleurs. Ces groupes partagent les grands fondements du judaïsme, mais leurs langues, leurs mélodies liturgiques, leurs coutumes et parfois leurs pratiques diffèrent.
Aujourd’hui, le judaïsme est une religion numériquement minoritaire à l’échelle mondiale. Les Juifs représentent environ 0,2 % de la population mondiale. Les estimations varient selon la définition retenue : certains chiffres ne comptent que les personnes qui se déclarent juives religieusement, tandis que d’autres incluent les personnes ayant une ascendance juive ou un lien familial avec le judaïsme. Les deux principaux centres de la vie juive mondiale sont aujourd’hui Israël et les États-Unis. La France, le Canada, le Royaume-Uni, l’Argentine, la Russie, l’Allemagne et l’Australie comptent aussi des communautés importantes.





























