La Nouvelle-Zélande a publié une quatrième édition de son Statement on Religious Diversity, un texte destiné à servir de cadre commun pour la reconnaissance des communautés religieuses et convictionnelles dans le pays. Publiée en juillet 2026 par Te Kāhui Tika Tangata, la Commission néo-zélandaise des droits humains, cette déclaration entend favoriser une coexistence pacifique entre les communautés de foi, l’État et l’ensemble de la société. Elle s’inscrit dans une histoire commencée après le Dialogue Asie-Pacifique sur la coopération interreligieuse organisé en 2004 à Yogyakarta, en Indonésie. Une première version avait été élaborée après des consultations publiques et publiée en 2007, avant deux nouvelles éditions en 2009 et 2019.
Le document, piloté par le commissaire aux relations raciales et élaboré après consultation de nombreuses communautés religieuses et interreligieuses, comporte une préface du Premier ministre Christopher Luxon. Celui-ci y insiste sur la place des religions dans la vie de nombreux Néo-Zélandais, leur rôle dans la cohésion sociale et la nécessité de rejeter le racisme, la xénophobie et la haine. La déclaration affirme également que les personnes sans religion doivent être traitées à égalité avec les communautés de foi.
Le texte repose sur huit principes : égalité de traitement devant la loi, liberté de religion et de conviction, droit à la sécurité, liberté d’expression exercée avec responsabilité, reconnaissance et accommodements raisonnables, éducation au fait religieux, respect de la diversité religieuse et coopération entre pouvoirs publics et communautés. L’objectif affiché n’est pas de privilégier une tradition, mais de définir les conditions d’une société plurielle dans laquelle croyants, non-croyants et institutions publiques puissent coexister sans discrimination.
Cette nouvelle édition intervient dans un contexte démographique profondément transformé. Le recensement de 2023 a montré que, pour la première fois depuis que la Nouvelle-Zélande collecte ces données, plus de la moitié de la population résidente habituelle, soit 51,6 %, déclarait n’avoir aucune religion. Le christianisme demeure la première affiliation religieuse, avec 32,3 % de la population, devant l’hindouisme, l’islam, les religions et mouvements maoris, le bouddhisme et le sikhisme. Stats NZ relève ainsi une progression continue des personnes se déclarant sans religion depuis 2013.
La déclaration ne présente toutefois pas la sécularisation comme une disparition du religieux. Elle souligne au contraire que la diversité des appartenances s’accroît, notamment sous l’effet des migrations, et que les communautés religieuses continuent de jouer un rôle important dans l’aide sociale, l’accueil, l’accompagnement des personnes vulnérables et la création de liens communautaires. Le texte rappelle aussi que la Nouvelle-Zélande n’a pas de religion d’État et définit la laïcité, dans ce contexte, comme une neutralité non préférentielle permettant à toutes les convictions d’exister dans l’espace public.
Une attention particulière est portée à la place du Te Tiriti o Waitangi, traité fondateur de la Nouvelle-Zélande, et à la wairuatanga, la spiritualité maorie. Le document note que certaines communautés considèrent un accord oral conclu à Waitangi comme un fondement historique de la liberté religieuse, parfois désigné comme le « quatrième article » du traité. Il mentionne aussi les mouvements spirituels maoris Pai Mārire, Ringatū et Rātana, présentés comme des courants ayant apporté des contributions religieuses, politiques et sociales importantes à l’histoire du pays.
La sécurité des communautés de foi occupe une place centrale dans cette édition. La Commission inscrit explicitement cette priorité dans le sillage des attentats du 15 mars 2019 contre deux mosquées de Christchurch. Selon la police néo-zélandaise, 51 personnes ont été tuées et 89 blessées lors de cette attaque terroriste. Le Statement souligne que plusieurs communautés rapportent une hausse de la haine, de l’intolérance, des abus et du harcèlement, en particulier en ligne, et rappelle que la destruction ou la profanation de lieux et symboles sacrés produit des effets spirituels qui dépassent les seuls dommages matériels.
Le texte cherche également à articuler liberté religieuse et liberté d’expression. Il reconnaît le droit d’exprimer sa foi, mais aussi celui de critiquer ou de débattre des croyances. Cette liberté, précise la déclaration, n’est pas absolue : elle doit rester compatible avec les autres droits humains et ne pas devenir un vecteur de discrimination, d’incitation à la haine ou d’érosion de la cohésion sociale. Les médias, y compris numériques et communautaires, sont appelés à traiter les sujets religieux de manière responsable, exacte et équitable.
Dans les écoles, les lieux de travail et les services publics, la déclaration encourage une meilleure prise en compte des jours religieux importants, des pratiques alimentaires, des exigences vestimentaires ou des espaces de prière. Elle rappelle que les écoles publiques sont en principe laïques, à l’exception de certains établissements intégrés ou à charte, mais invite à développer une éducation comparative sur les religions, centrée sur la compréhension plutôt que sur l’adhésion.
Approuvée par une trentaine d’organisations religieuses et interreligieuses, dont des institutions chrétiennes, juives, musulmanes, hindoues, sikhes, baha’ies, bouddhistes, maories et zoroastriennes, cette quatrième édition apparaît comme un texte de référence plus que comme une réponse ponctuelle. Dans une société à la fois moins affiliée religieusement et plus diverse, elle affirme que la cohésion sociale dépend autant du respect des convictions que de la capacité à vivre avec les désaccords.





























