Le haredisme (ou judaïsme haredi) est le courant le plus traditionnel et le plus conservateur du judaïsme. Le mot haredi (au pluriel haredim) vient de l’hébreu et signifie « celui qui tremble devant Dieu », c’est-à-dire une personne qui cherche à respecter la volonté divine avec le plus grand sérieux.
Les haredim se distinguent par leur attachement à l’étude de la Torah, au respect strict des commandements religieux et à un mode de vie largement séparé de la société moderne. Ils représentent aujourd’hui environ 13 à 15 % de la population juive d’Israël et plusieurs centaines de milliers de personnes vivent également aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique, en France et dans d’autres pays.
Le haredisme n’est pas une religion différente du judaïsme, mais un ensemble de courants appartenant au judaïsme orthodoxe.
Le mouvement prend sa forme actuelle au XIXe siècle, en Europe centrale et orientale. À cette époque, de nombreux Juifs s’ouvrent à la société moderne, à l’université, aux sciences et aux idées des Lumières. Certains rejoignent le judaïsme réformé ou conservateur (masorti), qui adaptent certaines pratiques religieuses aux évolutions de la société.
En réaction, des rabbins défendent un maintien intégral de la tradition. Le plus célèbre est le rabbin Moshé Sofer (1762-1839), connu sous le nom de Hatam Sofer. Sa formule, souvent résumée par « Tout ce qui est nouveau est interdit par la Torah », devient le symbole de cette résistance aux changements religieux.
Le haredisme est cependant l’héritier de traditions bien plus anciennes. Il s’inspire des grandes académies rabbiniques d’Europe de l’Est, du judaïsme talmudique et, pour certains de ses courants, du hassidisme né au XVIIIe siècle.
La Seconde Guerre mondiale marque une rupture majeure. Les communautés haredies d’Europe sont presque entièrement détruites pendant la Shoah. Après 1945, elles se reconstruisent principalement en Israël, aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe occidentale. Depuis, leur population connaît une croissance rapide grâce à un taux de natalité particulièrement élevé.
Les haredim partagent les croyances fondamentales du judaïsme : l’existence d’un Dieu unique, l’alliance entre Dieu et le peuple d’Israël, l’autorité de la Torah, l’importance des commandements (mitsvot), l’attente de la venue du Messie et la résurrection des morts à la fin des temps.
Ce qui les distingue est surtout leur manière de vivre ces croyances. Les haredim considèrent que la Torah écrite et la Torah orale, c’est-à-dire les enseignements transmis dans le Talmud et développés par les grands rabbins au fil des siècles, ont une autorité absolue. Ils cherchent à appliquer avec précision les règles religieuses dans tous les aspects de la vie quotidienne : alimentation, vêtements, prière, travail, éducation, vie familiale ou relations sociales.
L’étude religieuse occupe une place centrale. Dans de nombreuses communautés, les garçons poursuivent pendant plusieurs années leurs études dans des écoles religieuses (yeshivot), où l’étude de la Torah et du Talmud constitue l’activité principale. Beaucoup considèrent cette étude comme une forme de service rendu à Dieu au même titre que la prière.
Le haredisme n’est pas un mouvement unique. Il comprend plusieurs grandes familles.
La première est celle des Lithuaniens (Litvaks ou Yeshivish). Ce courant met l’accent sur l’étude intellectuelle du Talmud et des textes rabbiniques. Les grandes académies religieuses y occupent une place essentielle. En Israël, plusieurs de leurs dirigeants spirituels exercent une influence importante sur les décisions religieuses et parfois politiques.
La deuxième grande famille est le hassidisme. Né au XVIIIe siècle avec le rabbin Israël ben Eliezer, appelé le Baal Shem Tov, il insiste davantage sur la joie religieuse, la prière fervente, la spiritualité et le lien personnel avec Dieu. Les communautés hassidiques sont organisées autour d’un chef spirituel appelé rebbe, considéré comme un guide religieux et moral. Parmi les principales dynasties hassidiques figurent Satmar, Belz, Vizhnitz ou encore Loubavitch (Chabad). Chabad est souvent considéré comme faisant partie du monde haredi, même si son ouverture vers le grand public le distingue des autres groupes.
Le troisième grand ensemble est celui des haredim séfarades, principalement issus des communautés juives du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Ils suivent généralement les enseignements du rabbin Ovadia Yosef (1920-2013), ancien grand rabbin séfarade d’Israël. Le parti politique Shas est largement issu de ce courant.
Les haredim accordent une grande importance à la famille. Les mariages ont souvent lieu relativement jeunes et les familles nombreuses sont fréquentes. Les enfants reçoivent une éducation presque entièrement religieuse dans des établissements spécifiques.
Les hommes portent généralement un costume noir, une chemise blanche et un chapeau noir. Les hassidim portent souvent un manteau traditionnel et, le jour du sabbat ou lors des fêtes, une coiffe en fourrure appelée shtreimel. Les femmes mariées couvrent habituellement leurs cheveux avec un foulard, un chapeau ou parfois une perruque (sheitel), selon les traditions de leur communauté. Ces vêtements ne sont pas considérés comme des costumes folkloriques mais comme une manière d’exprimer la modestie et le respect des traditions.
Les rapports avec la société moderne varient selon les groupes. Certains utilisent largement Internet, travaillent dans tous les secteurs de l’économie et participent à la vie publique, tandis que d’autres limitent fortement l’accès aux médias, aux réseaux sociaux ou aux études universitaires afin de préserver leur mode de vie religieux.
Le rapport à l’État d’Israël est également divers. Beaucoup de haredim participent aux élections et certains partis haredim siègent régulièrement au gouvernement. D’autres estiment qu’un État juif ne devrait être établi qu’après la venue du Messie et refusent de reconnaître la légitimité religieuse de l’État d’Israël. Ce courant reste toutefois très minoritaire.
Aujourd’hui, le haredisme est l’un des courants du judaïsme connaissant la croissance démographique la plus rapide. Son influence religieuse, culturelle et politique est particulièrement importante en Israël, où les questions liées à l’éducation, au service militaire ou à la place de la religion dans la société suscitent régulièrement des débats. Malgré leur diversité, les différents courants haredim partagent une même volonté : préserver et transmettre le judaïsme traditionnel tel qu’ils estiment l’avoir reçu des générations précédentes.





























