Le 14e dalaï-lama a célébré ses 91 ans le 6 juillet à Leh, dans le Ladakh indien, entouré de religieux bouddhistes, de responsables tibétains et de milliers de fidèles. Au-delà de l’hommage rendu à une personnalité devenue l’un des visages les plus connus du bouddhisme dans le monde, cet anniversaire a pris une dimension particulière : il a marqué la fin d’une « Année de la compassion » et rappelé l’imminence d’une question décisive pour le bouddhisme tibétain, celle de sa succession.
Selon le Bureau du dalaï-lama, environ 25 000 personnes se sont réunies sur le terrain d’enseignement de Shewatsel. Le chef religieux a allumé une lampe à beurre, reçu les offrandes traditionnelles représentant le corps, la parole et l’esprit du Bouddha, puis goûté un gâteau confectionné sous la forme d’une offrande rituelle. Il a également lancé une série de films d’animation inspirés de la biographie illustrée Man of Peace, consacrée à sa vie et à son action. Des rassemblements ont parallèlement été organisés à Dharamsala, New Delhi et Katmandou.
Né le 6 juillet 1935 dans une famille paysanne de Taktser, dans la région tibétaine de l’Amdo, Lhamo Dhondoup fut reconnu à l’âge de deux ans comme la réincarnation du 13e dalaï-lama. Dans la tradition tibétaine, les dalaï-lamas sont considérés comme des manifestations de Chenrézi, ou Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion. Tenzin Gyatso vit en Inde depuis sa fuite du Tibet en 1959. Il a reçu le prix Nobel de la paix en 1989 pour son engagement en faveur d’une solution non violente fondée sur la tolérance et le respect mutuel.
Dans son discours d’anniversaire, le dalaï-lama a toutefois tenu à replacer sa fonction dans une pratique intérieure plutôt que dans la seule vénération religieuse. Il a rappelé que le Dharma ne consistait pas simplement à adresser des prières aux divinités, mais à transformer l’esprit, à cultiver la vertu et à acquérir une plus grande paix intérieure. Revenant sur ses neuf décennies de vie, il a présenté la volonté d’être utile aux autres et la « chaleur du cœur » comme le centre de sa pratique quotidienne. Il a même affirmé, avec son humour habituel, que certains de ses rêves lui laissaient penser qu’il pourrait vivre jusqu’à 130 ans.
La célébration concluait l’« Année de la compassion », lancée lors de son 90e anniversaire par l’Administration centrale tibétaine, l’organisation politique de la communauté tibétaine en exil. Cette initiative s’appuyait sur les quatre engagements que le dalaï-lama présente depuis plusieurs années comme les axes de son action : la promotion des valeurs humaines, le dialogue entre les religions, la préservation de la culture tibétaine et de l’environnement du plateau, ainsi que la transmission des connaissances philosophiques de l’Inde ancienne. Des collectes en faveur de personnes âgées ou handicapées, des récitations de textes bouddhiques, des libérations d’animaux, des plantations d’arbres et des opérations de nettoyage ont été organisées dans ce cadre.
À Bruxelles, l’anniversaire avait été célébré dès le 2 juillet à la Bibliothèque Solvay, en présence de responsables européens, de représentants diplomatiques, de membres de communautés religieuses et d’associations tibétaines. Des moines de l’université tantrique de Gyumed y ont réalisé un mandala de sable, œuvre rituelle destinée à être détruite après son achèvement pour rappeler l’impermanence. Une autre cérémonie a eu lieu le 7 juillet au Sénat français, à l’initiative du groupe d’information sur le Tibet et du Bureau du Tibet à Paris.
Mais à 91 ans, chaque anniversaire du dalaï-lama renvoie désormais à l’avenir de son institution. En juillet 2025, il avait mis fin à plusieurs années d’incertitude en confirmant que la lignée des dalaï-lamas se poursuivrait après sa mort. Il avait confié au Gaden Phodrang Trust, son bureau institutionnel, l’autorité exclusive pour conduire la recherche et la reconnaissance de sa réincarnation, en consultation avec les responsables des différentes traditions bouddhistes tibétaines. Il avait expressément rejeté toute intervention extérieure dans ce processus religieux.
Cette position s’oppose directement à celle de Pékin, qui affirme que la désignation des grands maîtres réincarnés doit être soumise à l’autorité de l’État chinois. Le conflit ne porte donc pas seulement sur l’identité d’un futur chef spirituel : il concerne le droit d’une communauté religieuse à choisir ses dirigeants selon ses propres croyances et ses propres règles.
Le Parlement européen a rappelé le 30 avril que la succession du dalaï-lama constituait une question religieuse qui devait être réglée conformément aux seules traditions bouddhistes tibétaines. En Belgique, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a adopté la même position, déclarant que cette succession relevait de la communauté tibétaine et devait rester à l’abri de toute ingérence des autorités séculières.





























