Présenté pendant plusieurs années comme l’un des pays d’Asie centrale les plus engagés sur la voie des réformes, l’Ouzbékistan connaît aujourd’hui une nette dégradation de la liberté de religion ou de conviction. Les premiers assouplissements intervenus après l’arrivée au pouvoir du président Chavkat Mirzioïev, en 2016, avaient suscité de réels espoirs. Dix ans plus tard, plusieurs organisations indépendantes constatent au contraire un renforcement du contrôle de l’État sur les croyants, en particulier sur les musulmans qui pratiquent leur religion en dehors des structures officiellement approuvées.
La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, l’USCIRF, estime dans son rapport publié en mai 2026 que les avancées du début de la présidence Mirzioïev ont été largement remises en cause. L’organisme décrit un cadre législatif toujours plus étendu, qui permet aux autorités de surveiller les communautés, de sanctionner les activités religieuses pacifiques et de réprimer les interprétations de l’islam différentes de celle promue par l’État. L’Ouzbékistan reste recommandé pour inscription sur la liste américaine des pays faisant l’objet d’une surveillance particulière en matière de liberté religieuse.
Cette évolution rappelle que le contrôle des religions ne constitue pas un phénomène nouveau dans le pays. Dès 2006, AsiaNews et l’organisation Forum 18 dénonçaient une politique visant à placer l’ensemble de la vie religieuse sous l’autorité du gouvernement. À cette époque, le régime d’Islam Karimov justifiait déjà les restrictions par la lutte contre l’extrémisme et la défense de la stabilité nationale. Si le contexte politique a changé, les mécanismes employés demeurent souvent similaires : enregistrement obligatoire des communautés, surveillance des sermons, censure des publications et poursuites contre les croyants indépendants.
La loi de 2021 sur la liberté de conscience et les organisations religieuses n’a pas mis fin à ces pratiques. Elle maintient des procédures d’enregistrement contraignantes, interdit les activités missionnaires et le prosélytisme, limite l’enseignement religieux non autorisé et impose un contrôle administratif préalable des textes, vidéos et autres contenus religieux. En 2024, plus de 1 250 sanctions administratives auraient été prononcées pour des activités liées à la religion. Les infractions peuvent concerner la possession ou le partage de documents non approuvés, l’organisation d’une réunion privée ou l’enseignement de la foi sans autorisation officielle.
Les musulmans pratiquant en dehors des institutions contrôlées par l’État sont les premiers visés. Des hommes ont été interrogés en raison de leur barbe ou de leur apparence, tandis que des utilisateurs de réseaux sociaux ont fait l’objet de poursuites pour avoir partagé des prédications ou des commentaires religieux. Plus de cinquante personnes étaient encore emprisonnées en 2025 sous des accusations vagues liées à leurs convictions ou à des activités religieuses pacifiques. Dans la région de Kachkadaria, une centaine de musulmans auraient également été arrêtés au cours d’une opération des services de sécurité.
La répression se poursuit jusque dans les prisons. Dauletmurat Tajimuratov, condamné à seize ans de détention pour son rôle dans les manifestations du Karakalpakstan en 2022, aurait été empêché de lire le Coran et de respecter correctement le jeûne du ramadan. Selon des informations relayées par Forum 18 et par des experts des Nations unies, de la nourriture destinée à la rupture du jeûne lui aurait été confisquée en 2025. Il aurait ensuite été torturé après avoir protesté contre l’interdiction de lire le texte sacré pendant une journée de repos.
Même les personnes sorties de prison restent soumises à des restrictions. L’ancien prisonnier de conscience musulman Fazilkhoja Arifkhojayev a été placé en décembre 2025 sous un régime proche de l’assignation à résidence. Il lui est notamment interdit de se rendre à la mosquée, alors que sa peine doit se poursuivre jusqu’en 2029. L’ancien imam de Tachkent Fazliddin Parpiyev, réfugié en Turquie après avoir publiquement critiqué l’absence de liberté religieuse, a quant à lui été arrêté à Istanbul en décembre 2025, apparemment à la demande des autorités ouzbèkes.
Les minorités chrétiennes connaissent également des pressions, particulièrement lorsqu’elles sont composées de convertis issus de familles musulmanes ou lorsqu’elles mènent des activités en dehors des Églises reconnues. Les communautés orthodoxes russes sont généralement moins inquiétées, tandis que les groupes protestants non enregistrés restent exposés aux perquisitions, aux amendes et à la confiscation de leur littérature religieuse.
Le gouvernement ouzbek continue d’affirmer que ces règles sont nécessaires pour protéger les jeunes et prévenir l’extrémisme. En 2025, les sanctions visant l’enseignement religieux non autorisé aux mineurs ont encore été renforcées, avec des peines pouvant aller jusqu’à trois ans de prison dans certains cas. Mais la frontière entre prévention de la violence et répression de la pratique religieuse pacifique apparaît de plus en plus difficile à distinguer.
L’Ouzbékistan avait montré qu’une évolution était possible en libérant certains prisonniers religieux et en améliorant ses relations avec les organisations internationales. La tendance actuelle indique cependant que la priorité demeure la maîtrise politique du fait religieux. Ce ne sont pas seulement les mouvements violents qui sont visés, mais aussi les croyants dont la pratique, les lectures ou les enseignements échappent à l’autorité de l’État.





























