Arrestations, perquisitions, accusations d’espionnage et risques de condamnation à mort se multiplient contre les bahá’ís iraniens. Les organisations de défense des droits humains dénoncent une campagne de répression aggravée par la crise politique et la guerre.
La communauté bahá’íe d’Iran fait face à une nouvelle vague de répression. Depuis le début de l’année 2026, des dizaines de ses membres ont été arrêtés, convoqués ou poursuivis dans plusieurs villes du pays. Des organisations de défense des droits humains rapportent également des détentions sans contact avec les familles, des refus d’accès à un avocat et des mauvais traitements destinés à obtenir des aveux.
Le cas de Peyvand Naimi, détenu depuis plus de six mois à Kerman, illustre cette situation. Cet homme de 30 ans a été arrêté sur son lieu de travail le 8 janvier par des agents des services de renseignement. Les autorités l’accusent d’avoir participé aux manifestations nationales et d’être impliqué dans la mort de membres des forces de sécurité. Sa famille affirme au contraire qu’il n’a pris part à aucun rassemblement et qu’aucune preuve ne lui a été présentée.
Selon Amnesty International, les faits auxquels Peyvand Naimi est associé se seraient produits après son arrestation. Son cousin Borna Naimi, âgé de 29 ans, a également été interpellé. Tous deux sont accusés d’infractions susceptibles d’entraîner une condamnation à mort. L’organisation affirme qu’ils ont subi des passages à tabac, des décharges électriques et des simulacres d’exécution pour les obliger à reconnaître des crimes qu’ils contestent.
Une vidéo montrant Peyvand Naimi reconnaissant sa participation aux manifestations a été diffusée le 1er février par la télévision d’État. Ses proches soutiennent que ces déclarations ont été obtenues sous la contrainte, après plusieurs semaines d’isolement. Ils affirment également qu’il a été privé de nourriture et maintenu sans avocat. Un juge aurait ordonné sa libération le 7 mars, mais la décision n’aurait pas été exécutée.
Les autorités iraniennes n’ont pas répondu publiquement de manière détaillée aux accusations de torture et de discrimination religieuse. Elles présentent régulièrement les poursuites contre les bahá’ís comme des affaires de sécurité nationale, sans reconnaître de motivation religieuse. Les familles et les associations de défense des droits humains estiment cependant que l’appartenance à cette foi constitue le véritable motif de nombreuses arrestations.
La répression dépasse les cas de Peyvand et Borna Naimi. Iran Human Rights a recensé au moins vingt arrestations de bahá’ís entre janvier et mars dans différentes villes, notamment Kerman, Machhad, Ispahan, Yazd, Tabriz et Téhéran. La Communauté internationale bahá’íe estimait qu’au moins 63 fidèles se trouvaient en prison au 11 juin, tout en précisant que le nombre réel pourrait être plus élevé. Certaines familles préfèrent garder le silence par crainte de représailles.
Lors de plusieurs perquisitions, des agents auraient saisi ou endommagé des livres saints et des objets religieux. À Chiraz, Behzad Basiri, son épouse Mandana Sotoudeh et la sœur de celle-ci, Mahsa Sotoudeh, ont été arrêtés en avril. Behzad Basiri a ensuite été libéré sous caution, tandis que les deux femmes ont retrouvé la liberté le 1er juillet. Leur famille affirme que des ouvrages bahá’ís ont été déchirés pendant la perquisition de leur domicile.
La foi bahá’íe est née en Perse au XIXe siècle autour de l’enseignement de Bahá’u’lláh. Elle défend notamment l’unité de l’humanité, l’égalité entre les femmes et les hommes et l’idée selon laquelle les grandes religions participent aux différentes étapes d’une même révélation divine. Les autorités religieuses chiites iraniennes la considèrent cependant comme une hérésie, et la République islamique ne la reconnaît pas parmi les minorités religieuses protégées.
Depuis la révolution de 1979, les bahá’ís iraniens subissent des arrestations, des exécutions, des confiscations de biens et des restrictions dans l’accès aux études ou à certains emplois. Leur communauté est estimée à environ 300 000 personnes, ce qui en ferait la principale minorité religieuse non musulmane du pays. Beaucoup pratiquent leur foi discrètement et organisent leurs activités religieuses dans des logements privés.
Les périodes de crise s’accompagnent souvent d’une aggravation de cette répression. Depuis les manifestations du début de l’année et la guerre impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël, les accusations d’espionnage visant les bahá’ís se sont multipliées dans les médias proches du pouvoir. Leur centre spirituel mondial étant situé à Haïfa, dans l’actuel Israël, cette particularité historique est régulièrement utilisée pour les présenter comme des agents étrangers.
Des responsables religieux et des médias iraniens les accusent également d’être responsables de troubles sociaux ou économiques. Pour les défenseurs des droits humains, cette désignation d’un ennemi intérieur permet au pouvoir de détourner l’attention et de renforcer la peur dans l’ensemble de la société. Elle transforme une minorité religieuse vulnérable en bouc émissaire lors de chaque nouvelle crise nationale.
La situation de Peyvand et Borna Naimi concentre désormais les inquiétudes. Au-delà de leur sort personnel, leur procès pourrait signaler un nouveau durcissement de la politique iranienne envers les bahá’ís. Les organisations internationales demandent l’abandon de toute accusation fondée sur des aveux forcés, l’accès immédiat à des avocats et la fin des persécutions liées à leur appartenance religieuse.





























