Le président congolais a annoncé l’ouverture prochaine d’un dialogue national inclusif. Les principales confessions religieuses du pays devraient accompagner ce processus destiné à rapprocher le pouvoir et l’opposition.
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a annoncé vendredi 17 juillet l’organisation prochaine d’un dialogue national inclusif. La décision a été rendue publique à l’issue d’une rencontre avec des représentants des principales confessions religieuses du pays, organisée à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa.
Selon la présidence congolaise, ce dialogue doit être « inclusif, apaisé et résolument républicain ». Il aura pour objectif de consolider la cohésion nationale et de renforcer l’unité du pays, dans le respect des institutions et de la Constitution. Cette dernière précision traduit la volonté du chef de l’État de répondre aux appels à la concertation sans remettre en cause l’ordre politique issu des élections.
C’est le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, qui a annoncé la décision présidentielle au nom de la délégation religieuse. Il s’est réjoui de l’ouverture du chef de l’État et a appelé les différentes forces politiques à s’engager dans cette nouvelle dynamique. La rencontre réunissait notamment des représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la CENCO, de l’Église du Christ au Congo, l’ECC, et de l’Église de Réveil du Congo. Les responsables religieux ont invité aussi bien la majorité présidentielle que l’opposition à soutenir le processus.
Pour le cardinal Ambongo, la RDC a besoin d’une plus grande communion entre ses citoyens afin de retrouver la paix et de faire face aux graves difficultés que connaît le pays. La guerre dans l’Est, les déplacements de population et les tensions politiques internes entretiennent depuis plusieurs années un climat de profonde défiance. Le dialogue est présenté comme un moyen de recréer un espace de discussion entre des acteurs qui ne parviennent plus à s’entendre sur les réponses à apporter à la crise.
Les conditions de cette concertation doivent toutefois encore être précisées. Aucun calendrier, ordre du jour ou format définitif n’a été présenté. La composition des délégations et la place accordée aux différentes tendances de l’opposition restent également inconnues. Le cardinal Ambongo a reconnu que ces questions seraient réglées progressivement, au fur et à mesure de l’avancement des consultations.
Les confessions religieuses ne partent pas de zéro. La CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) et l’ECC (Église du Christ au Congo, qui n’est pas une Église unique, mais une vaste organisation qui rassemble les principales communautés protestantes du pays) conduisent depuis plusieurs mois des échanges auprès du pouvoir, de l’opposition et de différents acteurs concernés par la crise. Leurs représentants se sont notamment rendus à Goma pour rencontrer des responsables de l’AFC-M23, dans le cadre d’une initiative en faveur d’une solution non militaire. Cette démarche avait suscité des espoirs, mais aussi des critiques de la part de ceux qui refusaient de voir les rebelles considérés comme des interlocuteurs politiques.
Dès le lendemain de l’annonce présidentielle, les deux Églises ont rencontré les dirigeants de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, une plateforme de l’opposition. Elles leur ont demandé de reporter une marche prévue le 22 juillet à Kinshasa, afin de favoriser l’apaisement nécessaire au démarrage des discussions. Le pasteur Éric Senga, porte-parole de l’ECC, a présenté cette intervention comme une démarche pastorale tournée vers la réconciliation du peuple congolais.
L’opposition a néanmoins demandé des garanties sur le caractère réellement inclusif du dialogue et sur le sort d’une éventuelle réforme constitutionnelle. La rencontre n’a pas immédiatement débouché sur un accord concernant le report de la manifestation. Ces premières difficultés montrent que l’annonce présidentielle ne suffira pas à elle seule à rétablir la confiance entre les différents camps.
La place accordée aux confessions religieuses s’explique par leur influence considérable dans la société congolaise. À travers leurs paroisses, leurs communautés, leurs écoles et leurs établissements de santé, les Églises disposent de réseaux présents sur une grande partie du territoire, parfois dans des régions où les services publics sont fragiles. Elles participent aussi régulièrement à l’observation des élections et aux débats sur la gouvernance, la démocratie et les droits humains.
Cette présence leur donne une autorité morale qui dépasse largement le domaine religieux, mais elle les expose également aux critiques. Les responsables religieux devront préserver leur indépendance face au pouvoir tout en conservant la confiance des forces politiques hostiles à Félix Tshisekedi. Ils devront surtout éviter que leur autorité spirituelle ne soit utilisée pour donner une caution religieuse à un processus dont les résultats seraient décidés à l’avance.
La participation éventuelle de l’AFC-M23 constitue l’un des principaux points de désaccord. Félix Tshisekedi avait auparavant exclu que le mouvement rebelle prenne part à un dialogue politique interne. Pour être réellement inclusif, le processus devra également définir la place de la société civile, des femmes, des jeunes et des représentants des régions directement touchées par la guerre.
L’annonce du 17 juillet ouvre ainsi une possibilité de décrispation, mais elle ne constitue encore que le début d’un processus incertain. Sa crédibilité dépendra de la liberté laissée aux participants et de la définition d’objectifs concrets. Pour les confessions religieuses, l’enjeu sera de transformer leur appel à la communion nationale en un dialogue accepté par les différentes parties.





























