Inaugurée le 15 juillet 1926, la Grande Mosquée de Paris vient de célébrer son centenaire. L’événement rappelle la place singulière de ce monument, à la fois lieu de culte, institution religieuse et témoin de l’histoire française.
Cent ans jour pour jour après son inauguration, la Grande Mosquée de Paris a célébré son anniversaire mercredi 15 juillet. La cérémonie a réuni des responsables politiques, des diplomates, des représentants des différents cultes, des imams et des acteurs de la société civile. Plusieurs membres du gouvernement et élus franciliens étaient également présents dans l’enceinte de ce monument emblématique du cinquième arrondissement de la capitale.
La Grande Mosquée de Paris fut inaugurée le 15 juillet 1926 par le président de la République Gaston Doumergue, en présence de nombreuses personnalités françaises et musulmanes. Sa construction avait notamment pour vocation d’honorer les soldats musulmans venus des territoires coloniaux qui avaient combattu et perdu la vie pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Elle devait aussi offrir aux musulmans vivant ou séjournant dans la capitale un lieu de prière adapté à leur foi.
Le projet fut porté par Si Kaddour Benghabrit, diplomate et fondateur de l’Institut musulman de la Grande Mosquée de Paris. Il en devint le premier recteur et contribua à faire de l’établissement un centre religieux, intellectuel et culturel. Dès son origine, la mosquée fut ainsi pensée comme un lieu de culte, mais aussi comme un point de rencontre entre la France et le monde musulman.
Son architecture traduit cette double vocation. Inspiré des traditions du Maghreb et de l’Andalousie, l’édifice est organisé autour d’un patio, de jardins, de galeries ornées de mosaïques et d’une salle de prière. Son minaret de 33 mètres, inspiré de celui de la mosquée Zitouna de Tunis, s’élève au-dessus du Quartier latin. Située non loin du Jardin des Plantes et de la cathédrale Notre-Dame, la mosquée est devenue l’un des monuments religieux les plus connus de Paris.
Au-delà de sa valeur architecturale, l’institution a traversé les grands bouleversements politiques et sociaux du dernier siècle. Sous l’Occupation allemande, plusieurs témoignages et documents évoquent l’aide apportée à des Juifs persécutés. L’imam Abdelkader Mesli aurait notamment participé à la délivrance de certificats permettant de présenter certaines personnes comme musulmanes pour les protéger. Engagé dans la Résistance, il fut arrêté et déporté, avant de revenir en France très affaibli.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Grande Mosquée a accompagné la croissance et la transformation de la présence musulmane en France. Les migrations venues du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’autres régions ont progressivement fait de l’islam la deuxième religion du pays. L’institution parisienne est alors devenue un interlocuteur régulier des pouvoirs publics, même si elle ne représente pas à elle seule la diversité des courants et des communautés musulmanes françaises.
La Grande Mosquée demeure historiquement liée à l’Algérie et ne dispose pas d’une autorité sur l’ensemble des mosquées du pays. Le culte musulman en France reste marqué par une grande diversité d’associations, de fédérations et de sensibilités. Son ancienneté, son implantation au cœur de la capitale et sa visibilité institutionnelle lui donnent néanmoins une place particulière dans les débats sur l’organisation de l’islam, la formation des imams et les relations entre les religions et la République.
Depuis 2020, l’établissement est dirigé par Chems-eddine Hafiz. À l’occasion du centenaire, le recteur a réaffirmé son ambition de promouvoir un islam pleinement inscrit dans la société française. Il insiste notamment sur la citoyenneté des musulmans, la lutte contre l’extrémisme et le développement du dialogue interreligieux. La présence de dignitaires d’autres cultes à la cérémonie du 15 juillet voulait illustrer cette orientation.
Cet anniversaire intervient toutefois dans un climat tendu. Les conséquences des conflits au Proche-Orient, la progression des discours hostiles aux musulmans et la polarisation du débat politique pèsent sur les relations entre les communautés. Des musulmans disent continuer à subir des discriminations ou à être associés aux violences commises au nom de l’islam. Les attentats islamistes qui ont frappé la France ont, de leur côté, profondément marqué la société et renforcé les interrogations sur la place du religieux.
Pour la Grande Mosquée de Paris, le centenaire ne devait donc pas être seulement une commémoration. Il devait rappeler que les musulmans appartiennent depuis longtemps à l’histoire nationale et qu’ils ne peuvent être considérés comme extérieurs à la communauté française. Le monument porte cependant une histoire complexe, marquée à la fois par la fraternité, la mémoire des combattants musulmans et l’héritage colonial.
En célébrant ses cent ans, la Grande Mosquée entre dans une nouvelle période de son histoire. Elle doit désormais transmettre son patrimoine tout en répondant aux attentes de nouvelles générations de musulmans nés en France. Sa capacité à demeurer un lieu de prière, de culture et de dialogue déterminera la place qu’elle occupera dans le prochain siècle.





























